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L’autre vie

11/24/13

This post is more than 3 years old. It might not reflect my current skills and convictions.

Il est 5h30. Le réveil sonne. J’ai 30 ans aujourd’hui. Quel dommage que ça tombe un lundi. Pas le temps de trop y penser, je prends ma douche, je m’habille, je me fais un petit café et je suis déjà sur la route. Je pars toujours très tôt pour éviter les bouchons et pour pouvoir rentrer assez tôt pour aller chercher les enfants à l’école. Je ne déjeune pas à la maison. J’ai pris l’habitude d’aller chercher une couque tous les matins chez Panos, à une dizaine de minutes à pied du bureau. Je sais qu’il y a sans doute une centaine de meilleurs endroits pour casser la croute le matin mais c’est devenu une sorte de rituel. J’y ai été depuis mon premier jour et je n’ai qu’à de très rares occasions brisé ce protocole, même quand c’est la grosse drache sur Bruxelles, comme c’est le cas aujourd’hui.

Je travaille chez Belfius, une banque belge qui s’appelait autrefois Crédit Communal et ensuite Dexia. Ça a été mon premier et unique job jusqu’à présent. Cela fait 8 ans que j’y travaille. Je ne sais pas si j’y resterai toute ma vie mais je m’y plais assez bien et plus important que tout, j’ai la sécurité de l’emploi ! C’est crucial dans ces temps de crise. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer, surtout dans le secteur bancaire. J’ai un salaire correct, une Audi A3 de société, des chèques repas et quelques autres avantages.

Belfius

Mon bureau.

Je ne suis pas banquier. J’ai étudié l’informatique à l’université de Mons-Hainaut entre 2001 à 2005. J’ai reçu le diplôme de licencié en informatique avec grande distinction. Mon poste chez Belfius est donc dans ce domaine. Je suis analyste programmeur et responsable de la sécurité sur Belfius Direct Net, notre portail d’online banking. Toutefois, mon titre est quelque peu mensonger. Cela fait de nombreuses années que je ne programme plus vraiment. Dans ce genre de grandes structures, les licenciés ne mettent pas vraiment les mains dans le cambouis. On laisse ça aux gradués. De toute façon, je ne pense pas que la programmation me manque vraiment. Ce n’était pas trop mon fort à l’université.

Il est un peu plus de 9h et mon chef arrive. Il me souhaite un joyeux anniversaire. C’est le premier à me le souhaiter aujourd’hui mais c’est normal, les autres ne pourraient pas le savoir car j’ai pris soin de ne pas les ajouter sur Facebook. Ce sont mes collègues, pas mes amis, et je n’ai pas envie qu’ils connaissent toute ma vie. Mon chef est le seul à me connaître un peu mieux. C’est lui qui m’a engagé. Par contre, je ne suis pas sur qu’il sache que je passe un grand cap aujourd’hui. Il doit avoir perdu le compte et penser que j’ai 35 ans car c’est ce à quoi je ressemble physiquement. Avoir eu des enfants si jeune, la grisaille et le stress m’ont prématurément fait prendre quelques rides et fait perdre pas mal de cheveux.

Jusqu’à présent, c’est une journée comme les autres. Rien d’excitant mais c’est tant mieux. Mon job est de faire en sorte que tous les voyants soient au vert et c’est le cas. Je suis assez enthousiaste à l’idée de démarrer une refonte de notre système d’envoi de virements dans quelques semaines. Malheureusement, nous sommes toujours en attente de validation de la part du management. Cela peut prendre pas mal temps mais je m’y suis habitué. En attendant, c’est un peu le chômage technique, même s’il y a évidemment toujours des choses à faire. Une autre chose qui me fait dire que c’est une journée comme les autres : le café est toujours aussi peu savoureux. Je continue quand même à aller en chercher plusieurs fois par jour, histoire de me dégourdir un peu les jambes et de passer le temps.

Il est 15h et ma journée se termine tout doucement. Direction Tubize. Dès que je suis sorti des études, ma femme et moi avons acheté un terrain dans cette petite bourgade du Brabant Wallon située à 30 km de Bruxelles. Nous y avons fait construire très peu de temps après. Les taux étaient très intéressants à l’époque. Nous nous y plaisons, c’est notre chez nous. C’est aussi très pratique car c’est à environ 10 minutes en voiture d’Hennuyères, le village où mes parents vivent et où j’ai passé mon enfance. La maison est relativement grande, avec un beau jardin mais j’aimerais bien l’étendre et construire une veranda. Cette augmentation que je demande depuis des années me permettrait de réaliser ce projet plus vite que prévu mais d’après ce qu’ils me disent, j’aurais atteint un seuil et si je veux gagner plus, il faudrait que je prenne la place de mon chef. Malheureusement, mon chef est bien vissé à sa place. Je pourrais éventuellement la lui prendre quand il part à la retraite, mais ça n’arrivera pas avant une bonne dizaine d’années.

Maison Blavier

Notre maison.

Ce week-end, j’ai lu un article dans le Télé Moustique à propos de Mark Zuckerberg (le PDG de Facebook) et tous les milliardaires de la Silicon Valley. Parfois, je me prends à rêver et à me dire que je pourrais également me lancer, créer ma propre société et que l’argent ne soit plus un problème. Mais je suis vite freiné par l’idée de l’échec. Je n’ai aucune connaissance en gestion et j’ai l’impression que j’aurais beaucoup plus de chances d’échouer que de réussir. De plus, après m’être un peu renseigné, on m’a dit que les indépendants étaient fortement taxés, surtout durant les premières années. Je pourrais également dire au revoir à tous ces beaux avantages que j’ai chez Belfius. Qui nourrira mes enfants et payera le prêt de la maison si jamais mon projet ne fonctionne pas ? Je n’ai pas envie de tous ces soucis. Je suis bien où je suis. Je ne peux pas mettre ma situation en danger, c’est inconcevable !

Ce texte que vous venez de lire est une fiction. C’est ma vie si en 2005, fraîchement sorti de l’université, j’avais fait des choix plus conventionnels par rapport à mon futur. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal. Je respecte totalement les gens qui font ces choix. Pour ma part, je suis heureux d’avoir décidé de sortir de ma zone de confort, d’avoir pris mon destin en main et d’avoir tenté quelque chose de différent.

La bière

11/16/13

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Il y a quelques mois, avant de me lancer dans le brassage de ma propre bière, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce que je m’apprêtais à préparer. J’ai acheté le bouquin pour les nuls et que je me suis vite rendu compte que je n’y connaissais finalement pas grand chose…

Voici donc la base des bases, les trucs essentiels à savoir pour toute personne qui veut commencer à brasser de la bière à domicile.

On estime la découverte/invention de la bière à 6000 avant Jésus-Christ. A cette époque lointaine, on l’appelait “pain liquide” du fait de la similitude avec les ingrédients destinés à la fabrication du pain. Durant de nombreux siècles, la bière a été préférée à l’eau qui était très souvent contaminée. Ce n’est qu’à partir du Moyen-Âge qu’on a commencé à utiliser systématiquement le houblon comme ingrédient de base et à officiellement l’appeler “bière”.

Houblon

Le houblon, ingrédient essentiel de la bière.

Une bière doit être composée au minimum de quatre ingrédients : l’eau, le malt, le houblon et la levure. Il est évidemment possible d’être créatif et d’y ajouter plein d’autres choses mais tout ça est optionnel.

C’est maintenant que ça devient un peu technique…

La fabrication de la bière comporte cinq étapes principales : le maltage, la saccharification, le houblonnage, la fermentation et le conditionnement.

Le maltage consiste à transformer le grain en malt. Le malt est une céréale germée, en général de l’orge, qui est caramélisée, pour dégager tous ses arômes. Il est possible de remplacer l’orge par d’autres céréales comme le froment, le seigle ou le blé. Le processus de maltage n’est pas exclusif à la bière et est également mis en oeuvre pour la fabrication du whisky.

La saccharification consiste à transformer les sucres complexes, comme la cellulose ou l’amidon, en sucres plus simples, tels le fructose et le glucose, en faisant tremper le malt dans de l’eau chaude. Le liquide résultant de ce processus est appelé le moût.

Le houblonnage (également appelé aromatisation) consiste à faire bouillir le houblon (ou d’autres épices) dans le moût pour lui donner du goût.

La fermentation est l’étape la plus importante de la fabrication de la bière. Elle consiste à ajouter la levure dans le mélange afin de transformer les sucres en alcool et CO2. Cette étape peut prendre de plusieurs jours à plusieurs semaines, en fonction du type de bière que l’on produit.

La dernière étape est le conditionnement qui consiste à mettre la bière en bouteille ou en fût, avant de pouvoir la consommer.

Il existe deux grandes familles de bières : les ales et les lagers. La grande différence entre ces deux familles est le processus de fermentation.

Pour les ales, on parle de fermentation haute. Celle-ci nécessite l’adjonction dans le moût de levure dite “haute”. La levure utilisée est connue sous le nom savant de Saccharomyces cerevisiae. Dès qu’elle a transformé tous les sucres, elle remonte à la surface, d’où son nom. La fermentation haute dure entre 4 et 8 jours à une température comprise entre 15 °C et 20 °C.

Pour les lagers, on parle de fermentation basse. La levure utilisée est une levure dite “basse” (la Saccharomyces uvarum). A la fin de la fermentation, elle retombe au fond de la cuve. La fermentation basse dure un peu plus longtemps, en général une dizaine de jours, et à une temperature relativement basse, comprise entre 5 °C et 14 °C.

Depuis l’antiquité, on a toujours fabriqué des ales. Les lagers ne sont apparues que relativement récemment. En effet, on a commencé à en produire de façon industrielle depuis le milieu du 19ème siècle. La Pilsner Urquell, fabriquée à Pilsen, en République Tchèque, fut probablement la première lager. C’est de là que viennent les noms “pilsner” ou “pils” qu’on utilise pour qualifier certaines lagers.

Les lagers ont en général une apparence plus claire et une plus haute teneur en CO2 (elles sont moins plates) que les ales. Il s’agit aujourd’hui du type de bières le plus populaire au monde, mais les vrais connaisseurs préfèrent évidemment les ales !

Il existe un troisième type de fermentation qu’on appelle fermentation spontanée. Contrairement aux fermentations haute et basse, la fermentation spontanée ne nécessite pas d’ajout de levure dans le moût. Exposé à l’air libre, il est ensemencé par des levures sauvages. Aujourd’hui, cette technique est utilisée quasi exclusivement en Belgique pour la production de bières de type Lambic, spécifiquement dans la vallée de la Senne et le Pajottenland où l’on trouve les levures Brettanomyces bruxellensis et Brettanomyces lambicus à l’état naturel. Cela donne une bière assez acide et sans aucun pétillant. La brasserie Cantillon à Bruxelles est une des dernières brasseries à fabriquer les bières de type Lambic de façon 100% traditionnelle.

Cantillon

Bassins de fermentation à l’air libre dans la brasserie Cantillon, à Bruxelles.

En plus de ces trois types de fermentation, il existe également des techniques de fermentation hybrides. Par exemple, la bière de type Steam (ou California Common) utilise de la levure à fermentation basse à des temperatures relativement hautes. La seule brasserie à produire ce type de bières de façon industrielle est la Anchor Brewing Company à San Francisco (la boucle est bouclée).

Voilà. Je pourrais encore parler de tout ça pendant longtemps mais je pense que vous en savez désormais assez pour comprendre la bière et sa fabrication. Si vous voulez creuser le sujet plus en profondeur, procurez vous quelques bouquins ou faites un petit tour sur Wikipédia. Aussi, si vous êtes déjà un expert, n’hésitez pas à me corriger si j’ai trop vulgarisé certaines de mes explications.

Prochaines étapes : acheter votre kit de démarrage et commencer à brasser !

Je brasse ma propre bière

11/04/13

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Depuis mon voyage dans l’Oregon et Washington au début du mois de juillet, j’ai réellement commencé à m’intéresser à la bière. Évidemment, en tant que Belge, j’ai toujours eu l’occasion de boire de la bonne bière, mais je n’avais jamais creusé le truc beaucoup plus loin que ça. Je me contentais de boire, sans savoir exactement ce que je buvais, et d’apprécier.

Je savais que les Américains (ou du moins les Californiens) étaient très fort pour la fabrication du vin, mais j’ignorais qu’ils étaient également très doués pour le brassage de la bière. Durant cette semaine dans les splendides contrées du nord-ouest, j’ai pu visiter un grand nombre de microbrasseries et y goûter des choses exceptionnelles. Une vraie révélation !

Beers of California

Quelques unes parmi les meilleures IPA californiennes (photo par Maggie Hoffman)

Depuis lors, je pense qu’on peut dire que je suis devenu passionné par le sujet. J’ai acheté des bouquins et je goûte régulièrement de nouvelles bières d’ici et d’ailleurs. San Francisco est d’ailleurs une ville idéale pour les amateurs de bière vu qu’on peut y trouver pas mal de microbrasseries, bars et magasins spécialisés.

Plus récemment, j’ai également commencer à m’intéresser à la fabrication de la bière. J’ai appris qu’il était tout à fait possible de brasser à domicile, et ni une ni deux, j’ai commandé mon premier kit chez Northern Brewer !

J’ai commencé à brasser ce week-end et le premier batch devrait être buvable (j’espère) dans environ deux semaines. J’ai créé un site de hipster pour l’occasion. Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à vous inscrire à la “brewsletter” pour être alerté un peu avant la toute première dégustation. Quoiqu’il en soit, j’essayerai de relater mes progrès ici ou sur Facebook et de dispenser quelques conseils à ceux qui veulent également se lancer (histoire que vous puissiez éviter de faire les mêmes erreurs que moi).

Et si vous étiez en train de vous le demander, non, je ne vais pas laisser tomber la technologie pour la bière. J’ai encore quelques trucs à accomplir dans ce milieu. Par contre, j’avoue que je me verrais bien aux commandes de ma propre microbrasserie quand je serai un peu plus vieux. On verra bien ce que la vie nous réserve…