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L’état du Web belge – acte 3

02/02/12

J’ai récemment lu l’article de Brice Le Blévennec à propos de l’état du Web belge et je dois avouer que j’étais plutôt d’accord avec lui. J’ai ensuite lu la réaction récente d’Alexandre Plennevaux qui n’était plutôt pas d’accord avec Brice et je dois avouer que je suis un peu moins d’accord avec Alexandre.

La Belgique est une mine de talents, nous sommes tous d’accord là-dessus. Nous avons d’excellents designers, d’excellents développeurs et surtout beaucoup de gens qui ont des idées. Parfois de très bonnes idées. Tellement que j’aurais vraiment du mal à en faire une liste exhaustive. Le problème, c’est qu’avoir du talent n’est pas suffisant. Il faut pouvoir le développer, et ensuite en vivre, dans un environnement qui n’est pas hostile à cela.

Donnez une Fiat Panda à Sébastian Vettel et je ne suis pas sûr qu’il gagnera encore une course de F1. Donnez une poêle à frire au lieu d’une raquette à Novak Djokovic et je ne suis pas sûr qu’il remportera encore un tournoi du Grand Chelem dans sa carrière.

Fiat Panda

Essaye de gagner le Grand Prix de Spa-Francorchamps avec ça…

Être un entrepreneur, vouloir innover en Belgique est très frustrant. On se sent vite isolé. Peu considéré. Peu aidé. Et même si Alexandre semble délaisser un poil l’aspect financier, ça reste le (putain de) nerf de la guerre. Si vous voulez développer votre business, engager des gens, vivre de votre passion, vous avez besoin d’argent. Et en Belgique, on ne vous donne pas d’argent. Sauf si vous gagnez déjà de l’argent. En Belgique, on donne donc de l’argent à ceux qui n’en ont pas besoin vu qu’ils en gagnent déjà.

L’autre problème en Belgique est qu’on voit assez petit. On a assez peu d’ambition. On essaye en Belgique et puis on verra. Peut-être qu’après on attaquera le nord de la France. Quand on crée quelque chose dans la Silicon Valley, on veut changer le monde. Ça peut parfois paraître utopique mais au moins, on ne s’auto-limite pas sur la ligne de départ. On ose choisir de rouler en Porsche 911 même si on risque plus d’avoir un accident qu’avec une Fiat Panda. Parce qu’ici, avoir un accident, ce n’est pas si grave que ça. L’échec est même plutôt bien vu. On a appris pour la prochaine fois. En Belgique, l’échec, c’est le mal. Bouh. Caca. Sans compter que les indépendants, ceux qui osent lancer leur propre business sont des gens assez mal vus. Des bizarres. Des mauvais. Des arnaqueurs.

Je suis désormais fortement convaincu qu’il est très difficile voire impossible de développer une startup Web B2C à échelle mondiale depuis la Belgique. Pour que ça marche, vous avez besoin d’une masse critique. Et la masse critique, ce n’est pas en Belgique que vous la trouverez. Vous avez besoin d’un marché et le marché est trop petit en Belgique. Netlog reste peut-être l’exception qui confirme la règle. Et c’était un Facebook avant Facebook. Mais ce n’est pas devenu Facebook. CQFD ?

Pour le B2B, ça reste possible. Des startups comme Knowledge Plaza ou Kickoff tendent à nous le prouver. Il vous suffit finalement d’avoir quelques clients de renommée internationale et la réussite peut vite être au rendez-vous. Plus facile à dire qu’à faire bien entendu. Mais qui sait où ces startups seraient aujourd’hui si elles étaient basées à Moutain View, Palo Alto ou San Jose et non pas à Louvain-la-Neuve, Bruxelles ou Gand. C’est un autre débat.

La liste d’Alexandre est belle, mais…

Mais…

Checkthis et WooRank pourraient vraiment exploser en venant s’implanter en Californie. Je leur dis souvent et je sais qu’ils y pensent tous les soirs avant d’aller dormir. Pas vrai les gars ?

Storify est une startup… américaine. Le CEO de Storify est originaire de Nivelles mais c’est finalement tout ce que cette boîte a de belge. Je pense que Xavier aurait bien voulu créer sa société en Belgique mais il a été jeté comme un malpropre à chaque fois qu’il a demandé un peu d’argent pour démarrer. Il a donc été presque obligé de s’installer à San Francisco pour pouvoir lancer Publitweet et ensuite Storify.

Drupal a également été créé par Dries Buytaert, un belge et ce projet open source s’est assez vite répandu dans le monde entier. Mais comme vous le savez, l’open source, ça ne rapporte pas vraiment beaucoup d’argent. Dries a donc décidé de lancer une boîte de consultance, Acquia, pour gagner de l’argent avec l’expertise sans pareille qu’il a de son propre produit. Et Dries a choisi de lancer Acquia, non pas à Anvers, d’où il est originaire, mais à Boston, là où ça se passe.

De source sûre, je sais que Davy Kestens, le fondateur de TwitSpark s’installera prochainement à San Francisco et TwitSpark deviendra probablement une startup américaine également.

François Deliège, qui a travaillé à l’élaboration de data.be avec Toon Vanagt, est aujourd’hui le CTO de Memolane, startup basée à deux blocs de Union Square, à San Francisco.

Des designers talentueux comme Tim Van Damme ou Veerle Pieters ont connu leur plus grande renommée dès qu’ils ont décidé de s’envoler de l’autre côté de l’Atlantique et travailler pour des startups et des clients américains.

Veerle Pieters

Le talent n’est pas et n’a jamais été le problème.

Qui a parlé de fuite des cerveaux ?

Je ne connais malheureusement pas assez les autres startups pour en parler mais si leurs fondateurs tombent par hasard sur mon billet, je serais curieux de connaître leur retour d’expérience. Surtout si c’est pour me dire que je me trompe, car j’aimerais tellement me tromper à ce sujet.

Bref, le talent et les idées, ce n’est vraiment pas ce qui manque en Belgique. Ce qui manque, c’est un bon environnement pour leur donner de l’essor. Pour percer dans le football, les meilleurs joueurs belges doivent aller en Italie, en Angleterre ou en Espagne. Nos comédiens tentent de percer à Paris et les meilleurs aboutissent à Hollywood. Pourquoi en serait-il autrement pour le Web ? Pourquoi essayez de se convaincre que ça peut marcher alors que ça n’a jamais marché et que ça ne marchera probablement jamais ?

Et finalement, je rejoins Brice. Tout ce qui se fait en Belgique est assez peu excitant. Et si ça devient excitant, c’est parce que c’est devenu un peu moins belge, voire presque plus belge du tout.

La parole est à vous.

Le secret de ma réussite en 2012

31/12/11

Depuis quelques années, on ne peut pas dire que j’ai été très malchanceux et que j’ai eu beaucoup de coups durs dans ma vie. Certains de mes rêves professionnels ont pu se réaliser, ma vie privée est très heureuse et je suis en bonne santé. Je touche du bois pour que ça continue.

Le secret de ma réussite ?

Depuis maintenant neuf ans, chaque 31 décembre à 23 heures 59 minutes et 24 secondes, je mange douze raisins.

Cette tradition espagnole tire ses origines à Alicante, en 1909, année durant laquelle quelques viticulteurs locaux la créèrent pour remédier à une cueillette excédentaire.

Elle consiste à manger un raisin pour chaque coup de minuit, ceux-ci étant espacés de trois secondes.

Depuis lors, la tradition s’est étendue à toute l’Espagne et chaque ville ibère a un lieu spécial pour fêter la nouvelle année. Le plus connu et le plus important est celui de la Puerta del Sol à Madrid, où se réunissent des milliers de personnes, face à une horloge centenaire. Oui, c’est aussi là que se sont indignés les indignés plus tôt cette année…

Puerta del Sol

Festivités de nouvel an à la Puerta del Sol (Madrid)

La réussite de cette tâche (largement faisable) vous assure une année prospère et heureuse. Je n’ai pour l’instant encore jamais failli.

Voilà, ce n’est pas plus compliqué que ça ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Pour d’autres conseils de pro, vous pouvez acheter mon PDF pour la modique somme de $299.

Bonne et heureuse année 2012 !

50 jours à San Francisco

14/12/11

Cela fait donc aujourd’hui 50 jours que je suis arrivé à San Francisco. Comme vous pouvez vous en douter, je n’ai pas eu beaucoup de temps à moi durant cette période et par conséquent, peu de temps pour bloguer. Beaucoup de paperasses, la recherche d’un appartement et un premier mois très intense au boulot ont tenu ce blog sous silence. Il est temps désormais de faire le point après presque deux mois de vie sur le sol californien.

Le jour se lève sur la ville.

Le jour se lève sur la ville.

Quand je discute avec diverses personnes (belges ou américaines), on me demande souvent si la Belgique me manque. En général, je réponds que ma famille et mes amis me manquent mais que le pays en lui-même, la Belgique, pas du tout. L’Espagne et l’Italie me manquent mais pas la Belgique. J’ai trop vu la Belgique, ses problèmes, son retard, ses incohérences et je pense que le fait d’en être loin pendant un temps me fait le plus grand bien. Je ne dirai peut-être pas la meme chose dans 6 mois ou 1 an mais voici le discours que je tiens après 50 jours ici.

J’avoue, ce qui me faisait peur en quittant la Belgique, c’était principalement la bouffe. Ne plus retrouver ces trucs que j’aime comme la bière, le chocolat, le fromage étaient un peu ma hantise. J’ai vite été rassuré. On trouve tout ici. Tout. San Francisco est la ville cosmopolite par excellence et les saveurs de n’importe quel pays du monde sont tres bien représentées dans les rayons des supermarchés et dans les nombreux restaurants de la ville. Chez Whole Foods Market, j’ai même trouvé de la McChouffe et certaines bières belges dont j’ignorais l’existence… Certes, certaines choses sont beaucoup plus chères qu’elles ne le seraient en Belgique mais le fait de savoir que c’est là, pas loin, au cas où, est très réconfortant.

Plein de bières belges chez Whole Foods Market !

Plein de bières belges chez Whole Foods Market !

Outre cela, je dois avouer que la beauté de la ville et les températures clémentes qui y règnent (pour l’instant) ne sont pas pour me déplaire. Il faisait encore 23°C le vendredi 2 décembre et j’ai eu l’occasion d’aller très souvent en tenue estivale au boulot. Grâce à ce climat très agréable, j’ai fait beaucoup d’activités touristiques lors de mes premiers week-ends ici. J’ai pu faire toutes ces choses que j’avais regretté ne pas avoir pu faire lors de mes seules visites ici en mai 2010 (Webmission) et en septembre 2010 (touriste). J’ai vu le Golden Gate Park et les quartiers trendy que je n’avais pas encore parcouru comme Haight-Ashbury, Le Castro ou encore Mission District. J’ai aussi visité Alcatraz, le SFMOMA et la vallée des vins (Sonoma Valley).

Mais depuis peu, j’ai l’impression de vivre comme un local. Le fait d’avoir vécu avec deux locaux (coucou à Grant et Neil) dans des endroits relativement peu touristiques (Haight-Ashbury et Lower Pacific Heights) a certainement beaucoup aidé. Je commence à connaître quelques quartiers comme ma poche et même si j’ai encore énormément à découvrir, je sais où il faut aller pour bien manger et où trouver une bonne ambiance pour boire un verre. J’avoue, je suis bien aidé par Yelp, mon nouveau meilleur pote. Je vis maintenant (depuis vendredi) avec ma petite femme dans notre propre appartement avec vue situé à Cole Valley. Amusant d’ailleurs quand on sait que le fondateur de craigslist vit dans ce quartier et que c’est précisément sur ce site que nous avons trouvé l’appartement !

La vue depuis notre appartement.

La vue depuis notre appartement.

Pour les gens qui disent que je vais devenir obèse, sachez que je me suis aussi remis au sport. Je joue à nouveau au football (« soccer » comme ils disent ici), je planifie de rejouer au tennis (dès que ma partenaire aura ramené sa raquette de Belgique) et je me suis acheté un super vélo sur lequel j’ai déjà fait quelques miles (je joue aussi à Canvas Rider mais ça ne compte pas). Au début du mois de juin 2012, je participerai à la randonnée AIDS/LifeCycle entre San Francisco et Los Angeles. Plus de 700 kilomètres répartis en 7 jours de pédalage intensif sont au programme… Je dois donc avoir une bonne bicyclette pour participer à ce challenge et surtout pour m’entraîner un peu afin de ne pas abandonner après la première heure. Souhaitez moi bon courage !

Mon vélo.

Mon vélo.

Au niveau professionnel, tout va très bien. Comme je m’y attendais, travailler dans une startup de petite taille est très excitant. Depuis ma venue, nous avons déjà déployé plusieurs nouvelles fonctionnalités et les retours ont été pour la plupart très positifs. Le produit est de plus en plus utilisé à travers le monde et le meilleur est encore à venir ! Chez Storify, je suis désormais Product Manager au même titre que Front-End Engineer. Je suis en charge de prioritiser les nouvelles fonctionnalités que nous souhaitons ajouter et de faire en sorte que chaque release se déroule au mieux, avec des objectifs ambitieux mais réalistes. Ce rôle est nouveau pour moi donc c’est très enrichissant ! D’un point de vue purement technique, j’apprends pas mal également vu que l’architecture du site est bâtie avec des technologies (Node.js, MongoDB, etc.) que je ne connaissais pas du tout avant d’arriver ici. Je suis encore loin d’être au point mais j’apprécie vraiment travailler dans un environnement totalement nouveau. Ça change de PHP/MySQL !

Et puis, le top du top ici pour un informaticien, je ne vous apprends rien, c’est le networking ! C’est ici que ça se passe et nulle part ailleurs, un point c’est tout. J’ai déjà eu l’occasion d’aller à des meetups chez Yelp, Typekit ou encore Adobe et d’y voir des speakers de renommée mondiale. Je sais que les mecs de Google, Twitter, Facebook, YouTube, SoundCloud, Instagram, LiveFyre (système de commentaire implémenté dans Storify) ou Joyent (les inventeurs de Node.js) ne sont pas loin au cas où on aurait besoin de parler avec eux pour des raisons diverses. C’est super et très stimulant de faire partie de tout ça. C’est la Champion’s League ici ! Tout va plus vite, tout est plus grand, on se ramasse plus de coups dans les genoux et les chevilles, mais on joue avec les meilleurs ! Je me sens comme un acteur belge qui débarquerait à Hollywood et aurait l’occasion de discuter voire de bosser avec des gens comme Clint Eastwood, Martin Scorsese ou Quentin Tarantino… Bref, génial.

Paul Irish

Paul Irish

Je pense avoir fait le tour de toutes les choses que j’ai pu expérimenter ici durant ces quelques semaines. Rien de bien fou mais rien qui me fasse regretter la Belgique. Attention, car je vous vois venir, loin de moi l’idée de dire que tout est génial aux USA et que tout est moins bien en Belgique. Tout n’est pas génial ici. Et principalement deux choses me font penser que je ne voudrai probablement pas élever mes enfants ici. La première est évidemment le système de santé. Je ne dois pas en dire plus, vous savez très bien que c’est pourri. La deuxième, c’est l’éducation. Je vous invite à lire ce qu’on trouve sur Google à ce sujet. Si on veut résumer de façon simpliste : c’est très cher et le niveau n’est pas forcément au rendez-vous… Tout ça est assez rebutant, n’est-ce pas ?

Ah, et j’ai oublié de vous dire : je commence à ne plus trop être une merde en anglais, même si je suis encore un peu nul. Mais je sens que je m’améliore, c’est le principal :-)

Pour ceux que ça intéresse, je serai en Belgique pour les fêtes de fin d’année et après ça, je retourne en Californie. Pour un petit bout de temps !