Hello, I’m Vinch

And this is my blog.

Comparaison

01/02/14

Je suis de retour depuis presque deux semaines en Belgique et j’ai pu déjà revoir pas mal d’amis et de membres de ma famille. On a beaucoup discuté de ma/notre nouvelle vie, cela suscite évidemment la curiosité. Les interrogations qui reviennent souvent concernent les disparités entre la Belgique et les États-Unis. Même si les deux cultures sont relativement proches, il existe des différences notables. Si ça vous tente un jour de passer à l’acte et de vous envoler vers le rêve américain, ceci pourrait vous intéresser.

Ma comparaison porte sur ce que je connais. Je vis en Californie et ce que je dis n’est pas à généraliser à l’ensemble des États-Unis. La Californie est un monde à part et la Silicon Valley en particulier est un monde à part dans ce monde à part. Je sais que la donne est différente si vous vivez dans l’Idaho ou le Michigan.

Le système politique

La première chose à savoir quand on débarque aux États-Unis, c’est qu’on arrive dans un pays avec un système politique très libéral, assez différent de ce qu’on connait en Europe (la Belgique est plutôt de tendance sociale-démocrate). Aux États-Unis, on donne moins à l’état (via les taxes et impôts divers) et celui-ci est beaucoup moins interventionniste. Cela a du bon et du moins bon mais ça dépend évidemment de vos convictions politiques…

Voici quelques différences considérables :

  • L’indexation des salaires, le pécule de vacances et le 13ème mois n’existent pas. D’un autre côté, on vous enlève beaucoup moins sur votre salaire brut (seulement aux alentours de 30%).
  • La plupart des contrats sont “At-Will”, c’est-à-dire qu’on peut vous licencier sans préavis. D’un autre côté, vous pouvez partir de votre boulot du jour au lendemain.
  • Les allocations familiales sont inexistantes et les pensions beaucoup moins importantes. À nouveau, si vous avez un bon job, comme on vous prend moins à la base, il est plus facile d’épargner, et vous n’aurez peut-être pas besoin de ces aides.
  • etc.

En vulgarisant beaucoup, dans un système politique comme en Belgique, on a tendance à vous prendre plus d’argent à la source pour ensuite le redistribuer équitablement sous formes d’aides, de primes, d’allocations, etc. Si vous n’avez pas forcément besoin de toutes ces choses, vous avez quand même payé pour. Aux États-Unis, on vous laisse quasiment tout ce que vous gagnez et vous vous débrouillez ensuite pour placer votre argent dans ce que vous souhaitez.

Pour ma part, je me reconnais beaucoup plus dans un système libéral (voire libertarien) que dans un système social-démocrate (mais j’imagine que vous vous en doutiez un peu).

La météo

Le truc pour lequel il n’y a vraiment pas photo. Peu de pluie à San Francisco, jamais de neige depuis 1976, des températures qui vont rarement en dessous des 10 degrés mais aussi rarement au dessus des 25 degrés. On dit que c’est le printemps tout l’année à San Francisco, sauf durant les deux mois d’été, où c’est l’hiver, à cause du brouillard.

La neige à San Francisco

La dernière fois qu’il a neigé à San Francisco, les gens avaient beaucoup de cheveux.

Les loisirs et les sorties

Les employés ont droit à assez peu de congés aux États-Unis mais comme j’aime le dire, nous avons 104 jours supplémentaires de congé, tant nous profitons à 100% de nos week-ends, ce qui n’était pas du tout le cas quand nous étions en Belgique. Tout ça grâce à la météo clémente mais aussi grâce aux richesses de la ville et de la région. Il y a toujours quelque chose à faire et nous en profitons la plupart du temps pour nous vider l’esprit et être en pleine forme le lundi matin de retour au boulot. Culturellement, San Francisco est une ville très correcte. On y trouve quelques musées, des cinémas, des salles de concerts, des théâtres, un opéra, etc. même si cela reste probablement inférieur à certaines villes de la côte est, comme New York.

Au niveau sorties, on trouve de nombreux restaurants et de nombreux bars, d’origines et de styles vraiment différents afin que chacun y trouve son compte. Par contre, dès qu’un resto devient un peu “hype” (ou s’il a + de 4 étoiles dans Yelp), vous devrez faire la file, parfois pendant plus d’une heure, pour y avoir une table. Je ne m’y ferai jamais.

Zazie

La file pour avoir droit à un brunch chez Zazie, dans le quartier de Cole Valley.

Mais ce qui choque le plus l’Européen qui débarque aux États-Unis, c’est que tous les bars ferment à 2 heures du matin. En conséquence, on commence à faire la fête beaucoup plus tôt. Pour ma part, je n’ai jamais été un gros fêtard donc ça ne me dérange pas et je trouve même ça mieux. Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait attendre qu’il soit presque minuit pour qu’il commence à y avoir de l’ambiance dans les bars en Belgique.

La bouffe et les boissons

Non, le hamburger accompagné d’une Bud Light n’est pas le seul plat qu’on puisse manger aux États-Unis. En Californie, on mange vraiment très bien, et en particulier à San Francisco qui est une des meilleures villes américaines pour les amateurs de bouffe. Dans les supermarchés (ouverts tard et le dimanche, soit dit en passant), presque tous les produits frais sont locaux et de bonne qualité.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai l’impression de mieux manger depuis que je me suis expatrié. Je mange plus de légumes et moins de féculents. Par contre, je suis évidemment toujours partisan d’une bonne crasse de temps en temps (en particulier, je suis un grand fan des food trucks qui sont très répandus aux États-Unis).

Whole Foods

Le rayon légumes chez Whole Foods Market.

Tout ça n’est évidemment valable que pour la Californie. J’ai eu l’occasion de me promener dans des états un peu plus perdus comme l’Utah, l’Idaho et le Wyoming et c’est vraiment un défi de trouver un truc correct à manger là-bas.

La bière américaine est aussi une réelle découverte et une agréable surprise. Il y a énormément de microbrasseries qui produisent de la bière de très haute qualité. Il est également possible de trouver pleins de bières belges dans les magasins (spécialisés ou non) mais elles sont évidemment un peu plus chères. Et il est même assez simple de trouver de l’Orval, ce qui ne semble pas être le cas en Belgique (d’après ce qu’on m’a dit).

Le vin californien n’a plus rien à prouver non plus (je vous recommande de regarder le film Bottle Shock à ce sujet) même si mes amis français vous diront que ça ne vaut pas encore le vin de leur pays ;-)

Le service

Pour moi, le plus gros décalage entre Europe et États-Unis tient dans le service à la clientèle. Les Américains sont la plupart du temps très sympas, souriants et compréhensifs. Ils ont l’air vraiment heureux de vous aider et de vous servir. Cela rend évidemment l’expérience globale beaucoup plus agréable.

Vous ne devrez jamais attendre 15 minutes pour avoir l’opportunité de payer votre addition dans un restaurant. Cependant, on est parfois à la limite du harcèlement tant ils viennent vous demander toutes les 5 minutes si tout va bien. Par contre, on sent que quand vous avez fini, vous n’êtes plus trop le bienvenu. On ne traîne pas au resto pendant des heures comme on peut le faire en Europe.

L’autre revers de la médaille, c’est le pourboire (tip) qu’il faut ajouter au prix total de ce que vous avez consommé. Il varie entre 15% et 20% de la note. Personnellement, ça ne me dérange pas, c’est un mal pour un bien, car je sais que s’il n’y avait pas le pourboire, le service serait moins bon. Pourquoi être sympa avec le client alors que vous serez de toute façon payé de la même façon ?

Les crottes de chien

Je voulais absolument en parler. En deux ans, je n’ai jamais vu une crotte de chien trainer sur un trottoir à San Francisco (ou si peu). Pourtant, nos amis canins sont omniprésents, c’est une des villes américaines où il y a le plus de chiens par habitant. Il y a aussi beaucoup de parcs aménagés pour les chiens, où on vous fournit le nécessaire pour ramasser les excréments de votre animal de compagnie. De nouveau, l’amende est lourde si vous laissez trainer un caca quelque part, et les forces de l’ordre sont là pour faire respecter les règles.

Les chiens

Nos amis canins qui jouent à la baballe.

La route et les voitures

Je n’ai jamais été aussi zen en voiture qu’en Californie. Les gens sont courtois et respectent les règles. On peut même dire qu’ils sont limite “papys” au volant. Personne ne vous collera au cul, ne vous fera une queue de poisson ou vous fera des appels de phare si, aux yeux de votre agresseur, vous ne roulez pas assez vite sur la troisième bande. Évidemment, la menace qui pèse en cas d’infraction est plus importante aux États-Unis. Les policiers sont présents partout, et les amendes sont très lourdes, mais au moins, tout le monde se tient à carreau et on se sent en sécurité !

En Belgique et d’autres pays d’Europe, j’ai toujours eu l’impression qu’un sentiment d’impunité total régnait sur les routes (et c’est même officiel depuis peu). Les forces de l’ordre sont inexistantes, les gens roulent comme des dingues et installent des avertisseurs de radar alors qu’il suffirait juste de respecter les limitations de vitesse pour éviter les problèmes ! Ne pas respecter les règles sur la route est devenu une normalité. Je suis partisan du fait que chacun fait ce qu’il veut de sa vie, mais quand ça met en danger les autres, je n’arrive pas à l’accepter, et je le condamnerai toujours.

D’après moi, en Californie (et peut-être dans d’autres états — je n’ai pas vérifié), deux choses permettent à chacun d’être beaucoup plus calme et fluidifient fortement le trafic :

  • Sur l’autoroute, il est autorisé de dépasser par la droite. Le connard de la bande du milieu n’existe pas. Ça demande d’être plus attentif quand on change de bande, mais honnêtement, ça change vraiment tout.
  • Lorsque vous êtes à un feu rouge et que vous voulez tourner à droite, vous êtes autorisés à passer si rien ne vient de la gauche (sauf indication contraire bien-sûr).

De plus, les routes sont en général plus larges et de meilleure qualité, ce qui doit aider aussi.

La route

Je ne m’énerve (presque) plus jamais au volant.

Autre chose, le concept de la voiture de société n’y existe pas et je trouve que c’est une bonne chose. Certaines boîtes vont même plus loin, et encouragent leurs employés à utiliser le vélo ou les transports en commun en pénalisant les gens qui viennent en voiture (en faisant payer le parking, par exemple). De toute façon, si vous vivez et travaillez à San Francisco, posséder une voiture est inutile vu que les transports en commun sont relativement efficaces et quasiment jamais en grève (même si parfois, je trouve que “MUNI sucks“) et que des initiatives comme Zipcar, Uber ou encore Lyft sont très développées.

Aussi, les voitures électriques ont l’air d’être en plein essor, car on peut en apercevoir beaucoup (majoritairement des Tesla mais pas uniquement) et parce que les bornes de recharges sont présentes un peu partout.

La banque et le paiement

Un truc pour lequel on est vraiment super fort en Belgique, c’est la banque. Tout se fait par virement électronique, nos cartes disposent de puces et nos systèmes sont très sécurisés de manière générale. Aux États-Unis, de façon étonnante, c’est encore le Moyen-Âge. On utilise encore beaucoup les chèques car il y a des frais si on fait des virements. Il y a des frais pour quasiment le moindre truc d’ailleurs. Il y a aussi beaucoup de fraudes, du fait que les cartes utilisent encore exclusivement les bandes magnétiques, qu’on ne vous demande jamais votre code pin si vous utilisez une carte de crédit et qu’une partie de la sécurité repose encore sur le truc le plus facilement falsifiable du monde qu’est la signature. À cause de toutes ces fraudes, si vous payez en ligne selon un modèle qui leur semble anormal (genre réserver un billet d’avion sur un site espagnol), votre banque bloquera immédiatement votre carte et vous appellera pour vous demander si c’est bien vous qui venez de faire ce paiement. D’un côté c’est bien car ils semblent prendre un peu la sécurité au sérieux mais c’est quand même très embêtant à la longue, surtout qu’ils pourraient éviter tous ces tracas en améliorant le système en amont (mais ça ne se fera pas en un jour).

En revanche, et sans doute à cause de ce retard au niveau bancaire, on peut voir la naissance de pas mal de startups américaines destinées à révolutionner (ou “disrupter” comme ils disent) le domaine, comme Square, Stripe, Simple, Venmo et beaucoup d’autres.

Starbucks

Vous pouvez payer avec votre smartphone chez Starbucks.

Les soins de santé

C’est assez simple, si vous n’avez pas d’assurance, il ne vaut mieux pas tomber malade car vous allez très vite devenir pauvre (même si c’est en train de changer avec les réformes récentes de Barack Obama). Heureusement, la plupart des entreprises fournissent des assurances de qualité à leurs employés et des visites de routine chez le médecin et le dentiste ne vous couteront pas grand chose. Toutefois, si vous deviez subir des interventions plus lourdes, il vaut toujours mieux le faire en Europe.

Le cout de la vie

La vie est très chère à San Francisco. Comptez à partir de $2000/mois pour un appartement une chambre et à partir de $3000/mois pour un appartement deux chambres.

Tout est vite un produit de luxe, surtout si vous voulez manger un peu sainement (les trucs surgelés dégueulasses sont bon marché, quant à eux). Vos courses vont donc à chaque fois vous couter un peu cher de même que les boissons dans les bars (surtout le vin, alors que c’est souvent local) et les restaurants de manière générale. Il y a évidemment moyen de bien manger pour des sommes totalement correctes si on cherche un peu (et sans devoir faire la file).

En contrepartie, on est vraiment mieux payé (et surtout moins taxé) qu’on ne l’était en Belgique, surtout dans cette bulle qu’est l’industrie technologique. Du coup, l’un dans l’autre, notre niveau de vie est plus ou moins pareil (voire mieux) que ce qu’il n’était avant de débarquer à SF.

Les gens et l’atmosphère générale

Je trouve les gens assez “cool” en Californie, relativement ouverts mais parfois compliqués et un peu arrogants (surtout les petits jeunes qui pensent qu’ils sont les rois du monde car ils bossent dans une boîte technologique renommée). L’atmosphère générale reste positive, on sent que les choses bougent à toute vitesse, et se trouver entourés de gens super intelligents et super créatifs est très enrichissant.

Canard

Normal à San Francisco.

Mais ce que je trouve le mieux quand je compare avec la Belgique, c’est que les gens qui entreprennent et qui réussissent sont bien vus et ne sont pas considérés comme des magouilleurs et des profiteurs. On ne se demande pas si c’est normal que X gagne autant d’argent. On se demande comment il a fait et on s’en inspire. L’argent n’est pas un tabou, bien au contraire.

Bref, tout le monde est heureux de travailler dans cette bulle innovante qui ne connait pas la crise, remplie d’opportunités en tous genres et qui a déjà révolutionné plusieurs industries. En espérant qu’elle n’explose pas trop vite car j’ai parfois l’impression qu’on ne règle pas les bons problèmes !

Conclusion

Je pense avoir abordé les sujets les plus importants. Je pourrais encore vous parler de plein de choses, comme l’éducation, mais je ne suis pas vraiment concerné et je ne m’y connais pas assez pour en parler. Je n’ai pas non plus parlé des problèmes liés à l’obtention d’un visa car ils mériteraient un article de blog à eux seuls !

Je le répète, cette comparaison porte sur ce que je connais mais surtout sur mes goûts et convictions personnelles. Je sais que beaucoup ne seront pas d’accord avec cette notion de “mieux” que j’exprime souvent dans cet article car c’est totalement subjectif.

Quoiqu’il en soit, si vous voulez faire vos valises pour les États-Unis, vous pourrez désormais le faire plus ou moins en connaissance de cause !

L’autre vie

11/24/13

Il est 5h30. Le réveil sonne. J’ai 30 ans aujourd’hui. Quel dommage que ça tombe un lundi. Pas le temps de trop y penser, je prends ma douche, je m’habille, je me fais un petit café et je suis déjà sur la route. Je pars toujours très tôt pour éviter les bouchons et pour pouvoir rentrer assez tôt pour aller chercher les enfants à l’école. Je ne déjeune pas à la maison. J’ai pris l’habitude d’aller chercher une couque tous les matins chez Panos, à une dizaine de minutes à pied du bureau. Je sais qu’il y a sans doute une centaine de meilleurs endroits pour casser la croute le matin mais c’est devenu une sorte de rituel. J’y ai été depuis mon premier jour et je n’ai qu’à de très rares occasions brisé ce protocole, même quand c’est la grosse drache sur Bruxelles, comme c’est le cas aujourd’hui.

Je travaille chez Belfius, une banque belge qui s’appelait autrefois Crédit Communal et ensuite Dexia. Ça a été mon premier et unique job jusqu’à présent. Cela fait 8 ans que j’y travaille. Je ne sais pas si j’y resterai toute ma vie mais je m’y plais assez bien et plus important que tout, j’ai la sécurité de l’emploi ! C’est crucial dans ces temps de crise. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer, surtout dans le secteur bancaire. J’ai un salaire correct, une Audi A3 de société, des chèques repas et quelques autres avantages.

Belfius

Mon bureau.

Je ne suis pas banquier. J’ai étudié l’informatique à l’université de Mons-Hainaut entre 2001 à 2005. J’ai reçu le diplôme de licencié en informatique avec grande distinction. Mon poste chez Belfius est donc dans ce domaine. Je suis analyste programmeur et responsable de la sécurité sur Belfius Direct Net, notre portail d’online banking. Toutefois, mon titre est quelque peu mensonger. Cela fait de nombreuses années que je ne programme plus vraiment. Dans ce genre de grandes structures, les licenciés ne mettent pas vraiment les mains dans le cambouis. On laisse ça aux gradués. De toute façon, je ne pense pas que la programmation me manque vraiment. Ce n’était pas trop mon fort à l’université.

Il est un peu plus de 9h et mon chef arrive. Il me souhaite un joyeux anniversaire. C’est le premier à me le souhaiter aujourd’hui mais c’est normal, les autres ne pourraient pas le savoir car j’ai pris soin de ne pas les ajouter sur Facebook. Ce sont mes collègues, pas mes amis, et je n’ai pas envie qu’ils connaissent toute ma vie. Mon chef est le seul à me connaître un peu mieux. C’est lui qui m’a engagé. Par contre, je ne suis pas sur qu’il sache que je passe un grand cap aujourd’hui. Il doit avoir perdu le compte et penser que j’ai 35 ans car c’est ce à quoi je ressemble physiquement. Avoir eu des enfants si jeune, la grisaille et le stress m’ont prématurément fait prendre quelques rides et fait perdre pas mal de cheveux.

Jusqu’à présent, c’est une journée comme les autres. Rien d’excitant mais c’est tant mieux. Mon job est de faire en sorte que tous les voyants soient au vert et c’est le cas. Je suis assez enthousiaste à l’idée de démarrer une refonte de notre système d’envoi de virements dans quelques semaines. Malheureusement, nous sommes toujours en attente de validation de la part du management. Cela peut prendre pas mal temps mais je m’y suis habitué. En attendant, c’est un peu le chômage technique, même s’il y a évidemment toujours des choses à faire. Une autre chose qui me fait dire que c’est une journée comme les autres : le café est toujours aussi peu savoureux. Je continue quand même à aller en chercher plusieurs fois par jour, histoire de me dégourdir un peu les jambes et de passer le temps.

Il est 15h et ma journée se termine tout doucement. Direction Tubize. Dès que je suis sorti des études, ma femme et moi avons acheté un terrain dans cette petite bourgade du Brabant Wallon située à 30 km de Bruxelles. Nous y avons fait construire très peu de temps après. Les taux étaient très intéressants à l’époque. Nous nous y plaisons, c’est notre chez nous. C’est aussi très pratique car c’est à environ 10 minutes en voiture d’Hennuyères, le village où mes parents vivent et où j’ai passé mon enfance. La maison est relativement grande, avec un beau jardin mais j’aimerais bien l’étendre et construire une veranda. Cette augmentation que je demande depuis des années me permettrait de réaliser ce projet plus vite que prévu mais d’après ce qu’ils me disent, j’aurais atteint un seuil et si je veux gagner plus, il faudrait que je prenne la place de mon chef. Malheureusement, mon chef est bien vissé à sa place. Je pourrais éventuellement la lui prendre quand il part à la retraite, mais ça n’arrivera pas avant une bonne dizaine d’années.

Maison Blavier

Notre maison.

Ce week-end, j’ai lu un article dans le Télé Moustique à propos de Mark Zuckerberg (le PDG de Facebook) et tous les milliardaires de la Silicon Valley. Parfois, je me prends à rêver et à me dire que je pourrais également me lancer, créer ma propre société et que l’argent ne soit plus un problème. Mais je suis vite freiné par l’idée de l’échec. Je n’ai aucune connaissance en gestion et j’ai l’impression que j’aurais beaucoup plus de chances d’échouer que de réussir. De plus, après m’être un peu renseigné, on m’a dit que les indépendants étaient fortement taxés, surtout durant les premières années. Je pourrais également dire au revoir à tous ces beaux avantages que j’ai chez Belfius. Qui nourrira mes enfants et payera le prêt de la maison si jamais mon projet ne fonctionne pas ? Je n’ai pas envie de tous ces soucis. Je suis bien où je suis. Je ne peux pas mettre ma situation en danger, c’est inconcevable !

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Ce texte que vous venez de lire est une fiction. C’est ma vie si en 2005, fraîchement sorti de l’université, j’avais fait des choix plus conventionnels par rapport à mon futur. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal. Je respecte totalement les gens qui font ces choix. Pour ma part, je suis heureux d’avoir décidé de sortir de ma zone de confort, d’avoir pris mon destin en main et d’avoir tenté quelque chose de différent.

La bière

11/16/13

Il y a quelques mois, avant de me lancer dans le brassage de ma propre bière, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce que je m’apprêtais à préparer. J’ai acheté le bouquin pour les nuls et que je me suis vite rendu compte que je n’y connaissais finalement pas grand chose…

Voici donc la base des bases, les trucs essentiels à savoir pour toute personne qui veut commencer à brasser de la bière à domicile.

On estime la découverte/invention de la bière à 6000 avant Jésus-Christ. A cette époque lointaine, on l’appelait “pain liquide” du fait de la similitude avec les ingrédients destinés à la fabrication du pain. Durant de nombreux siècles, la bière a été préférée à l’eau qui était très souvent contaminée. Ce n’est qu’à partir du Moyen-Âge qu’on a commencé à utiliser systématiquement le houblon comme ingrédient de base et à officiellement l’appeler “bière”.

Houblon

Le houblon, ingrédient essentiel de la bière.

Une bière doit être composée au minimum de quatre ingrédients : l’eau, le malt, le houblon et la levure. Il est évidemment possible d’être créatif et d’y ajouter plein d’autres choses mais tout ça est optionnel.

C’est maintenant que ça devient un peu technique…

La fabrication de la bière comporte cinq étapes principales : le maltage, la saccharification, le houblonnage, la fermentation et le conditionnement.

Le maltage consiste à transformer le grain en malt. Le malt est une céréale germée, en général de l’orge, qui est caramélisée, pour dégager tous ses arômes. Il est possible de remplacer l’orge par d’autres céréales comme le froment, le seigle ou le blé. Le processus de maltage n’est pas exclusif à la bière et est également mis en oeuvre pour la fabrication du whisky.

La saccharification consiste à transformer les sucres complexes, comme la cellulose ou l’amidon, en sucres plus simples, tels le fructose et le glucose, en faisant tremper le malt dans de l’eau chaude. Le liquide résultant de ce processus est appelé le moût.

Le houblonnage (également appelé aromatisation) consiste à faire bouillir le houblon (ou d’autres épices) dans le moût pour lui donner du goût.

La fermentation est l’étape la plus importante de la fabrication de la bière. Elle consiste à ajouter la levure dans le mélange afin de transformer les sucres en alcool et CO2. Cette étape peut prendre de plusieurs jours à plusieurs semaines, en fonction du type de bière que l’on produit.

La dernière étape est le conditionnement qui consiste à mettre la bière en bouteille ou en fût, avant de pouvoir la consommer.

Il existe deux grandes familles de bières : les ales et les lagers. La grande différence entre ces deux familles est le processus de fermentation.

Pour les ales, on parle de fermentation haute. Celle-ci nécessite l’adjonction dans le moût de levure dite “haute”. La levure utilisée est connue sous le nom savant de Saccharomyces cerevisiae. Dès qu’elle a transformé tous les sucres, elle remonte à la surface, d’où son nom. La fermentation haute dure entre 4 et 8 jours à une température comprise entre 15 °C et 20 °C.

Pour les lagers, on parle de fermentation basse. La levure utilisée est une levure dite “basse” (la Saccharomyces uvarum). A la fin de la fermentation, elle retombe au fond de la cuve. La fermentation basse dure un peu plus longtemps, en général une dizaine de jours, et à une temperature relativement basse, comprise entre 5 °C et 14 °C.

Depuis l’antiquité, on a toujours fabriqué des ales. Les lagers ne sont apparues que relativement récemment. En effet, on a commencé à en produire de façon industrielle depuis le milieu du 19ème siècle. La Pilsner Urquell, fabriquée à Pilsen, en République Tchèque, fut probablement la première lager. C’est de là que viennent les noms “pilsner” ou “pils” qu’on utilise pour qualifier certaines lagers.

Les lagers ont en général une apparence plus claire et une plus haute teneur en CO2 (elles sont moins plates) que les ales. Il s’agit aujourd’hui du type de bières le plus populaire au monde, mais les vrais connaisseurs préfèrent évidemment les ales !

Il existe un troisième type de fermentation qu’on appelle fermentation spontanée. Contrairement aux fermentations haute et basse, la fermentation spontanée ne nécessite pas d’ajout de levure dans le moût. Exposé à l’air libre, il est ensemencé par des levures sauvages. Aujourd’hui, cette technique est utilisée quasi exclusivement en Belgique pour la production de bières de type Lambic, spécifiquement dans la vallée de la Senne et le Pajottenland où l’on trouve les levures Brettanomyces bruxellensis et Brettanomyces lambicus à l’état naturel. Cela donne une bière assez acide et sans aucun pétillant. La brasserie Cantillon à Bruxelles est une des dernières brasseries à fabriquer les bières de type Lambic de façon 100% traditionnelle.

Cantillon

Bassins de fermentation à l’air libre dans la brasserie Cantillon, à Bruxelles.

En plus de ces trois types de fermentation, il existe également des techniques de fermentation hybrides. Par exemple, la bière de type Steam (ou California Common) utilise de la levure à fermentation basse à des temperatures relativement hautes. La seule brasserie à produire ce type de bières de façon industrielle est la Anchor Brewing Company à San Francisco (la boucle est bouclée).

Voilà. Je pourrais encore parler de tout ça pendant longtemps mais je pense que vous en savez désormais assez pour comprendre la bière et sa fabrication. Si vous voulez creuser le sujet plus en profondeur, procurez vous quelques bouquins ou faites un petit tour sur Wikipédia. Aussi, si vous êtes déjà un expert, n’hésitez pas à me corriger si j’ai trop vulgarisé certaines de mes explications.

Prochaines étapes : acheter votre kit de démarrage et commencer à brasser !